Biosphère et Société, qu’est-ce à dire ?

Ivo Rens

 

Le terme de Biosphère apparaît pour la première fois sous la plume du géologue autrichien Eduard Suess en 1875. Il a été, et il est encore, utilisé dans des sens assez différents comme l’a relevé Jacques Grinevald.* Toutefois, l’acception que nous avons retenue en lançant la série Stratégies Energétiques, Biosphère et Société (SEBES), puis notre Fondation, s’inspirait plutôt des vues du géochimiste russe Vladimir Vernadsky, auteur de La biosphère, publiée en russe en 1926, puis en français en 1929.

Dans cet ouvrage, le terme biosphère désigne l’ensemble des milieux de notre planète où se développe le vivant, tributaire de l’énergie solaire, de la radioactivité de l’écorce terrestre et des forces géochimiques. L’eau sous forme liquide et gazeuse, le carbone et la chlorophylle en sont des composantes indispensables. La biosphère comporte donc des éléments tant abiotiques que biotiques.

A bien des égards, la biosphère de Vernadsky anticipe sur la notion d’écosystème qui n’apparaît qu’en 1935 sous la plume du botaniste anglais Arthur Tansley. Depuis lors, la biosphère est l’ensemble des écosytèmes de notre planète. Mais la biosphère de Vernadsky a une autre dimension : par delà l’évolution des espèces jusqu’à l’homme actuel, la remarquable stabilité biogéochimique du vivant depuis l’origine confère à l’essor de la vie une portée cosmique.**

 

Le terme de Société figurant dans le titre de notre Fondation mérite, lui aussi, d’être explicité. Il désigne, en l’occurrence, la société humaine dont l’essor prométhéen interfère avec l’évolution naturelle de la biosphère. Cette acception anthropocentrique délibérée du terme Société dans le titre de notre Fondation n’implique donc nullement la négation des “sociétés” animales ou végétales. Elle tend à interpeller nos semblables sur les aléas que nos usages, comportements et activités en général ainsi que nos artefacts toujours plus puissants introduisent dans la biosphère, et à les responsabiliser dans l’ordre éthique, dans l’ordre politique et dans l’ordre juridique, à tous niveaux, international, national et local.

 

* Cf. Jacques Grinevald, Notes sur la biosphère, SEBES 1992, Georg, Genève.

** Cf. Ivo Rens, Entretiens sur l’écologie. De la science au politique, Chapitre 5, pp. 69 et seq., SEBES, Georg, Genève, 2017.

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