Le climat de la Dombes : Analyse et synthèse Critique d’un dérèglement climatique

par Philippe Lebreton

Professeur honoraire de l’Université Lyon-1

Document reçu le 23 octobre 2018

                                              

Une étude a été conduite de l’évolution climatique (intégrant les trois dimensions chronologique, thermique et hydrique du concept de climat) dans le terroir particulier de la Dombes, « zone humide » et culturale intensive de quelque 1000 km2 située dans l’Ain, au nord-ouest immédiat de Lyon.

 

Une première approche est d’ordre sémantique, visant à bien distinguer climatologie et météorologie, la première s’intégrant dans une tout autre dimension spatio-temporelle que la seconde, même si elle en procède expérimentalement. Puis une brève histoire est tracée de « l’échauffement climatique », dont deux personnalités peuvent symboliser la dimension séculaire : Svante Arrhenius (prix Nobel de Chimie, en 1907) et Al Gore (prix Nobel de la Paix, en 2009) ; ces deux jalons montrent à quel point l’esprit humain peut être insouciant et « conservateur », à l’encontre de ses intérêts et de son destin d’espèce, voire de son avenir de société et même de civilisation.

 

Une troisième partie relève de la rubrique « matériel et méthodes », avec le choix des stations météorologiques et leur typologie climatique, les variables considérées (température, précipitations et leur combinaison sous forme d’indices bioclimatiques), les sources bibliographiques élargissant le champ biogéographique (au confluent des influences continentales, océaniques et méditerranéennes), le traitement statistique des données et des résultats enfin.

 

Plus volumineux et importants sont les constats (au début de la quatrième partie), le premier d’entre eux concernant la nette rupture thermique avant et après le milieu de la décennie 1980. Jusqu’à 1985, les valeurs ne s’écartent pas significativement d’une moyenne de 10°C très légèrement croissante : il s’agit donc d’un palier, suivi d’une ascension dont la pente (hautement significative) dépasse 4°C par siècle ; l’existence d’une courbe en « crosse de hockey » ne peut donc être ici niée. Cet échauffement connaît une répartition saisonnière attribuant à l’été un rôle prédominant, avec + 3,2°C d’échauffement entre les années 1960 et les années 2010, soit le tiers du bilan annuel ; il est suivi par le printemps, avec 2,5°C et le quart du total ; le reste concerne l’automne (+ 2,3°C et le quart du total) et l’hiver (+ 1,6°C et le sixième du total) : la « belle saison » est donc la plus concernée, avec elle l’essentiel des potentialités biologiques, floraisons et reproductions animales, mais aussi des productions agricoles et piscicoles.

 

Les précipitations, si aléatoires soient-elles, permettent de reconnaître des rythmes saisonniers, autorisant eux-mêmes l’établissement de « types climatiques », comparés aux trois principaux climats européens : océanique, continental et méditerranéen, à l’interface desquels s’inscrit un « climat lyonnais », dont relève la situation dombiste ; celle-ci ne subit guère d’influences atlantiques (si ce n’est l’origine de certaines pluies), à peine plus méditerranéennes (malgré l’échauffement et le vent du sud), un peu plus continentales (malgré des épisodes caniculaires, désormais connus il est vrai dans toute l’Europe). De nettes tendances à une variation décennale à profil parabolique des précipitations sont néanmoins visibles, avec une augmentation du début des années 1960 à la fin des années 1970, une acmé dans les décennies 1980-1990, puis une diminution depuis le début du présent siècle. Au premier ordre, plus que les températures, ce sont les précipitations qui pilotent les variations des indices bioclimatiques de type P / t, jusqu’à l’affirmation récente d’une sécheresse croissante, aux lourdes conséquences biologiques et écologiques.

 

Les certitudes désormais acquises concernant l’évolution de la teneur atmosphérique en gaz carbonique (dont est fournie l’évolution passée et prévisible) et ses corrélations avec l’échauffement climatique laissent aujourd’hui très peu de doutes sur la persistance, voire même l’accélération de phénomènes observés sur le terrain depuis un tiers de siècle. On peut désormais s’attendre au franchissement de la valeur 450 ppm(v) de gaz carbonique dans une demi-génération humaine et au doublement du plancher historique de 280 ppm vers 2065.

 

Les pronostics pour la température de la Dombes sont du même ordre de grandeur, avec deux approches, fondées sur les pentes des échauffements pluri-décennaux récents, ou sur la corrélation avec l’évolution parabolique des teneurs en CO2. Dans le premier cas, à partir des 12,5°C actuels, la température moyenne annuelle atteindrait 13,1°C en 2030 et 14,5°C en 2060. Dans l’autre démarche, basée sur la teneur carbonique, la température pourrait atteindre 13,4°C et 15,8°C aux mêmes dates. En combinant les deux démarches, par rapport au plancher 10°C des années 1964-1985, l’échauffement serait de 3,2 +/- 0,2°C en 2030 et de 5,2° +/- 0,7°C en 2060 ! En 2013, le GIEC fournissait 3,8°C dans une fourchette allant de 2,6 à 5,2°C pour la fin du XXIème siècle. On rejoint dès lors les « prophéties » de Svante Arrhenius, il y a plus d’un siècle maintenant… Mieux vaut sans doute (comme pour la démographie de l’Afrique sub-saharienne) ne pas trop songer à un tel cauchemar…

 

Les conséquences écologiques et économiques de ces évolutions rapides, voire accélérées, sont à même de provoquer ou d’aggraver des crises sociologiques, démographiques et politiques d’une dimension historique rarement connue par notre espèce. Dans un tel contexte, local et général, il est surprenant qu’une minorité de scientifiques (même si l’on ne peut nier la bonne foi de certains, ni écarter l’influence de lobbies défendant des intérêts sectoriels) puisse s’arcbouter sur des arguments dont le déterminisme et le niveau semblent plutôt relever d’un registre psycho-sociologique surprenant à de tels niveaux. Des documents de divers ordres (données de Météo France, références personnelles, réflexions et prises de position, correspondances, etc.) sont fournis en annexe, ainsi qu’une bibliographie locale et nationale opportune.

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