La part sauvage du monde. Penser la nature dans l’Anthropocène

Virginie Maris, Seuil, 259 pages
Compte rendu par Jean-Claude Génot

Source : Naturalité. La lettre de Forêts sauvages. No 20. Mai 2019, p. 21.

Le monde de la conservation s’est déjà transformé puisque l’on est passé de la protection de la nature à la gestion de la biodiversité sans que certains ne se soient vraiment rendus compte des implications de ce changement de sémantique. Le livre de la philosophe Virginie Maris arrive bien à propos pour nous mettre en garde contre les discours actuels des tenants de l’anthropocène. Ces derniers que les écologistes américains nomment les « neo greens » s’appuient sur la crise écologique pour dire qu’il est temps de gérer le système Terre de façon globale et de modifier nos approches et nos sciences de la nature, car pour eux il n’y a plus de nature. La situation du réchauffement climatique appelle des solutions radicales comme la géo ingénierie, ce qui ressemble fort à une fuite en avant technologique. Pour l’auteure : « Un tel programme signe ainsi non seulement la n de la nature, mais également la n de la culture, ou en tout cas la n des sociétés telles que nous les connaissons ». La philosophe met aussi en garde les conversationnistes contre le recours extrême à l’artifice et au contrôle pour reconstituer des écosystèmes et appelle à « résister aux sirènes de la technologie ». L’auteure critique également la marchandisation de la nature et toutes ces notions de « services écosystémiques », de « compensation écologique » et « d’évaluation monétaire de la nature »
qui visent à absorber la nature dans la logique de marché. Alors que Virginie Maris a bien identifié les menaces sans précédent qui pèsent sur la nature, elle relève le dé de défendre plus que jamais la nature sauvage en tant qu’extériorité à l’homme car : « Penser l’extériorité de la nature, c’est accepter de se donner des limites, de borner notre empire » et nous rappelle fort justement que : « c’est encore 90 % de l’histoire de notre espèce qui relèvent de la vie sauvage ». L’auteure souligne l’importance de considérer la nature sauvage comme une altérité à respecter et une autonomie dont l’homme peut s’inspirer. En n, outre le fait que Virginie Maris arrive à rendre son livre de philosophie d’une lecture agréable, elle nous livre un « kit » de défense intellectuelle du sauvage face aux nombreuses critiques qui sont faites à ses défenseurs. Pour l’auteure, la défense de la part sauvage du monde n’est pas une démarche fixiste, elle n’est ni un signe de misanthropie, ni une démarche néo- coloniale. En guise de conclusion elle souligne : « il est également urgent de préserver des espaces et des territoires où les êtres de nature peuvent faire sans nous » : un conseil que les gens de Forêts sauvages ont déjà mis en pratique.

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