Serpents, tortues, oiseaux ou hippocampes… le marché florissant des animaux sauvages en Occident

Marie Sigaud

Postdoctoral research fellow, Kyoto University

Source : The Conversation

3 juin 2020

https://theconversation.com/serpents-tortues-oiseaux-ou-hippocampes-le-marche-florissant-des-animaux-sauvages-en-occident-137794?utm_medium=email&utm_campaign=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%203%20juin%202020%20-%201640515768&utm_content=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%203%20juin%202020%20-%201640515768+CID_78b5ae9442bac4e05b889364d2d48ba2&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Serpents%20tortues%20oiseaux%20ou%20hippocampes%20le%20march%20florissant%20des%20animaux%20sauvages%20en%20Occident

 

La crise sanitaire a remis sous les projecteurs les enjeux liés au commerce des animaux sauvages, une pratique très ancienne dans la plupart des sociétés humaines. Le commerce de l’ivoire a précédé celui de l’or, les pharaons s’affichaient déjà au côté d’espèces exotiques, et le commerce d’animaux pour alimenter les arènes romaines a mené à l’extinction locale de nombreuses espèces.

Loin d’être en perte de vitesse, ces échanges représentent désormais une menace majeure pour la biodiversité, posent d’importants problèmes de santé publique et soulèvent des questions éthiques légitimes sur la souffrance animale.

Contrairement à certaines idées reçues, le commerce international d’animaux sauvages n’est pas interdit et ne se limite pas à quelques espèces emblématiques. Il représente une manne financière très importante avoisinant chaque année les 100 milliards de dollars. Le commerce illégal représente environ un quart de ce montant, soit au moins 7 à 23 milliards de dollars. Il est aussi rentable voire plus que le trafic de drogues ou d’armes.

Un commerce à l’évolution rapide

Chaque année, des millions d’individus appartenant à des milliers d’espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens mais aussi de poissons, de coraux, de coquillages et autres invertébrés sont commercialisés pour répondre à une demande toujours grandissante à l’échelle mondiale.

Les animaux sauvages sont commercialisés pour leurs produits dérivés (fourrure, corne, peau, carapace, etc.) comme nourriture luxueuse, pour leurs propriétés pharmaceutiques supposées ou encore comme animaux de compagnie. On entend par animal sauvage tout individu qui n’appartient pas à une espèce domestique et qui a été prélevé directement dans la nature ou élevé en captivité, sachant que la frontière entre les deux est souvent floue.

Loris lent de Java (Nycticebus javanicus), espèce en danger critique d’extinction offert à a la vente comme animal de compagnie sur un marché indonésien. Cette espèce fait l’objet d’un trafic vers différents pays dont les États-Unis, le Canada, la Russie ou le Japon. Abbullah Langgeng

Ce marché évolue très rapidement en réponse aux nouvelles demandes. Par exemple, la demande en Calao à casque rond (Rhinoplax vigil) – dont le casque est prisé comme support d’artisanat – a drastiquement augmenté en l’espace de quelques années, faisant passer cette espèce d’un risque mineur à un danger critique d’extinction.

Les espèces nouvellement décrites par les scientifiques peuvent se retrouver sur le marché international avant même de bénéficier d’un statut de protection, comme cette petite tortue indonésienne (Chelodina mccordi) qui a aujourd’hui quasiment disparu de son milieu naturel.

Les pays occidentaux grands importateurs

Les médias ont largement traité des marchés aux animaux chinois, présentés comme des repoussoirs, oubliant que les pays occidentaux sont aussi de gros consommateurs d’animaux sauvages, destinés notamment au marché d’animaux de compagnie de plus en plus exotiques.

Les chiffres sont présentés pour l’ensemble des 27 pays de l’Union Européenne et le Royaume-Uni, et pour la Chine et Hong Kong. Ces chiffres concernent les espèces d’oiseaux, de reptiles, de mammifères, d’amphibiens, d’Anthozoaires (coraux et anémones) et de poissons (Actinoptérygiens) inscrits à la CITES. Sigaud d’après les données tirées de la CITES Trade Database

L’Europe importe légalement chaque année pour des dizaines de milliards de dollars d’animaux sauvages et de leurs produits. Ces 10 dernières années, la France a par exemple importé vivants plus de 40 000 tortues russes (Testudo horsfieldii) et près de 25 000 hippocampes dorés (Hippocampus kuda), deux espèces classées vulnérables face au risque d’extinction.

Avec plus de 1,5 milliard d’animaux importés entre 2000 et 2006, les États-Unis sont les plus gros importateurs d’animaux sauvages vivants dont la grande majorité sont destinés au marché des animaux de compagnie.

Près de 15 millions d’iguanes verts ont été importés aux USA depuis la création de la CITES et au moins 800 000 foyers possèdent un serpent aux États-Unis. Ce sont a minima 40 millions de reptiles (toutes espèces confondues) qui ont été échangés légalement dans le monde ces 15 dernières années, l’espèce la plus exportée légalement d’Afrique étant le python royal (Python regius).

Par ailleurs, le Japon a importé, toujours légalement, plus de 260 000 oiseaux vivants appartenant à 362 espèces entre 2005 et 2015.

Les règles hétérogènes d’un marché globalisé

Ce commerce est particulièrement difficile à contrôler. D’abord parce que l’aire de répartition d’une espèce peut chevaucher plusieurs pays qui ne vont pas forcément adopter les mêmes mesures de protection. Une espèce peut aussi être en danger d’extinction et ne pas faire l’objet d’une réglementation de son commerce international.

Enfin, une espèce peut être protégée dans son aire de répartition, interdite de commerce international, tout en étant légalement commercialisée dans un pays consommateur. Ainsi, les éléphants sont protégés dans la plupart des pays et le commerce international de leur ivoire est l’objet d’un moratoire depuis 1989.

Pourtant, sur le territoire japonais le commerce d’ivoire est légal. De la même manière, jusqu’à très récemment le commerce de pangolins n’était pas interdit en Chine, bien que les 8 espèces de pangolins soient parmi les plus trafiquées au monde depuis des années et interdites de commerce international depuis 2017 (certaines depuis 2000). Le Gabon, pourtant investi dans la protection de son patrimoine naturel, vient à peine d’inscrire (le 31 mars 2020) toutes les espèces de pangolins sur sa liste d’espèces protégées.

Deux classifications internationales différentes

La convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) est un cadre légal juridiquement contraignant, entré en vigueur en 1975 qui réglemente le commerce international des espèces sauvages pour éviter leur surexploitation et leur disparition dans le milieu naturel. Elle compte aujourd’hui 183 pays signataires.

Les espèces inscrites à la CITES sont classées selon le niveau de risque que leur fait encourir le commerce international. En annexe I figurent les espèces les plus menacées dont le commerce international est interdit. En annexe II figurent les espèces qui ne sont pas encore considérées en danger d’extinction mais qui pourraient le devenir si leur commerce n’était pas contrôlé.

Actuellement, la grande majorité des 5 800 espèces animales inscrites à la CITES sont classées en annexe II, et seulement 11 % en annexe I. La liste des espèces inscrites à la CITES est actualisée tous les 2 ou 3 ans seulement.

Chiffres représentant l’ensemble des pays de l’Union européenne et le Royaume-Uni. Ils indiquent au sein de l’Union européenne et du Royaume-Uni le pays qui importe le plus d’individus de cette espèce. Sigaud d’après les données de la CITES Trade Database et de la liste rouge UICN

En parallèle de la CITES, la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) est l’inventaire mondial de l’état de conservation global des espèces sauvages et constitue à ce jour l’outil de référence le plus complet pour connaître le niveau des menaces sur les espèces.

Malheureusement, cette liste ne confère aucune protection légale. Elle compte actuellement 116 177 espèces sur les 1,8 million connues et indique qu’une espèce de mammifères sur quatre, un oiseau sur huit, et plus d’un amphibien sur trois sont menacés d’extinction.

Des centaines d’espèces classées en danger d’extinction ou vulnérables selon la liste rouge UICN ne bénéficient d’aucune protection par la CITES. Il faut en moyenne dix ans pour qu’une espèce classée menacée d’extinction par l’UICN soit inscrite en annexe de la CITES.

Un système de contrôles peu efficace

Les signataires de la CITES doivent notamment mettre en place un organe scientifique chargé d’évaluer le risque que le commerce international fait peser sur les espèces inscrites à la CITES présentes sur leur territoire. Ils assurent également la délivrance des permis et les contrôles. Ce sont des tâches lourdes et complexes à assurer, même pour les pays les plus riches.

Entre 2000 et 2006, plus de la moitié des animaux vivants importés aux États-Unis étaient identifiés par les douanes au niveau le plus basique (par ex. mammifères, oiseaux, reptiles ou amphibiens), et seulement 14 % au niveau de l’espèce. De plus, beaucoup d’espèces listées proviennent de pays riches en biodiversité où la gouvernance est faible et la corruption omniprésente. Certains observateurs s’interrogent même sur l’efficacité de la CITES pour contrôler le commerce international.

À l’heure actuelle, l’absence de cohérence et de moyens mis en œuvre pour contrôler le commerce des animaux sauvages a des conséquences sanitaires et environnementales majeures. Une prise de conscience de l’ampleur de ce marché (y compris en Europe) est plus que jamais nécessaire. Il est urgent d’améliorer la réglementation et les contrôles à l’échelle nationale et internationale, et de mener des campagnes de sensibilisation auprès d’un large public afin de diminuer drastiquement et durablement la demande en animaux sauvages sous toutes ses formes.

 

Biodiversité : il faudra tirer les conséquences de cette crise

Tribune Covid-19

par Sébastien Moncorps

https://uicn.fr/tribune-biodiversite-il-faudra-tirer-les-consequences-de-cette-crise/

 

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Sébastien Moncorps, Directeur du Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), craint une “démobilisation sur les enjeux de biodiversité” avec la crise sanitaire actuelle. Or, plaide-t-il, la pandémie devrait justement être considérée comme une nouvelle alerte.

Le Congrès mondial de la nature l’UICN qui devait se tenir en juin 2020 à Marseille vient d’être officiellement reporté du 7 au 15 janvier 2021. Cet événement rassemblera toute la communauté internationale de la conservation de la nature pour relancer la mobilisation en faveur de la biodiversité et enrayer son déclin alarmant. Les 1 300 organisations membres de l’Union Internationale pour la conservation de la nature, son réseau de plus de 15 000 experts, ainsi que de nombreux autres acteurs (Etats, agences de l’ONU, associations, institutions scientifiques, entreprises, collectivités…) y sont attendus pour débattre des enjeux et proposer des solutions.

Le congrès sera suivi de la COP15 Biodiversité en Chine, dont le report a également été annoncé, qui va dresser le bilan des actions engagées sur les 10 dernières années et adopter le nouveau cadre mondial de la biodiversité pour les 10 prochaines. Ces deux événements internationaux, en France et en Chine, sont une opportunité exceptionnelle de fixer un cap ambitieux et des mesures opérationnelles pour protéger la nature.

“Le virus illustre les dangers de la surexploitation des espèces sauvages”

Avec la crise sanitaire actuelle, un risque de démobilisation sur les enjeux de biodiversité pourrait arriver et les reléguer en arrière-plan des priorités internationales et nationales. Cependant le Congrès mondial de l’UICN et la COP15 sont plus que jamais nécessaires pour agir pour une planète plus saine et plus durable!

L’épidémie mondiale du Covid-19 trouve en effet son origine dans les pressions que nous exerçons sur la biodiversité. Le virus a émergé depuis un marché de Wuhan en Chine en mettant en contact des animaux sauvages, des animaux domestiques et la population humaine. Il est vraisemblablement issu d’une recombinaison virale impliquant plusieurs hôtes sauvages, parmi lesquels des chauves-souris et des pangolins. Il illustre les dangers de la surexploitation des espèces sauvages, considérée comme la 2e grande cause de disparition de la biodiversité dans le monde, à la fois pour la survie des espèces elles-mêmes et pour les humains.

Toutes les espèces de pangolins (4 asiatiques et 4 africaines) figurent dans la liste rouge des espèces menacées de l’UICN et font l’objet d’un braconnage et d’un trafic intenses malgré leur inscription à l’annexe 1 de la convention de Washington (CITES) interdisant leur commerce international. On estime que plus de 200.000 individus sont braconnés chaque année dans le monde.

“C’est une nouvelle alerte sur le lien entre crise de la biodiversité et crise sanitaire”

C’est une nouvelle alerte, ici sans précédent, sur le lien entre crise de la biodiversité et crise sanitaire puisque de précédentes épidémies (Ebola, le SRAS ou la grippe aviaire) avaient aussi trouvé leur origine dans les atteintes à la biodiversité. La dégradation des milieux naturels et le trafic illégal favorisent les contacts avec les espèces sauvages, et donc la transmission de pathogènes aux humains, et déstabilisent le fonctionnement des écosystèmes. La mondialisation de nos échanges et les élevages intensifs accentuent aussi les risques d’apparition et de propagation de maladies.

A l’inverse, des écosystèmes préservés et diversifiés permettent d’avoir un système plus résilient et plus régulé. L’Evaluation des écosystèmes pour le Millénaire publié en 2005 par l’ONU indiquait déjà que l’érosion des écosystèmes pourrait entraîner une augmentation des maladies existantes ainsi qu’un risque accru de nouvelles maladies émergentes. Il montrait aussi tous les services que nous rendent les écosystèmes pour notre santé, la régulation du climat, la pollinisation des cultures et bien d’autres.

Il faudra tirer les conséquences de cette crise en intégrant pleinement ses liens avec la dégradation de la nature. La mobilisation engagée pour la protection de la biodiversité en 2020 doit donc impérativement se poursuivre car elle est indispensable au bien-être humain et à une planète plus durable.”

Déclaration de l’UICN sur la pandémie de COVID-19 (*)

14 avril 2020

Source : https://www.iucn.org/fr/news/secretariat/202004/declaration-de-luicn-sur-la-pandemie-de-covid-19

Alors que le monde entier continue de lutter contre la pandémie de COVID-19, l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) souhaite exprimer sa solidarité envers toutes les personnes déjà directement touchées par le virus dans le monde. Nos pensées vont à toutes les populations vulnérables, en particulier celles souffrant déjà des ravages de la dégradation environnementale, dont beaucoup ne disposent que d’un accès limité à des soins de santé adéquats pour des raisons financières ou géographiques.

L’Union reste pleinement attachée à la santé et à la sécurité de ses employés et de ses Membres, et nous avons pris des mesures drastiques pour les protéger. Nous sommes aux côtés des 1 400 Membres et des plus de 17 000 experts bénévoles des Commissions de l’UICN, dans presque tous les pays du monde. Nous saluons les nombreux héros de l’environnement et peuples autochtones qui continuent leur travail, en première ligne de la conservation, en ces temps difficiles.

L’UICN réitère son engagement à conserver la nature pour une planète et des personnes en bonne santé. Nous continuons d’aider les communautés en ces temps incertains, tout en intensifiant les domaines de travail qui nous aideront à comprendre et à aborder les facteurs sous-jacents des maladies découlant de contacts entre les humains et la faune ou le bétail, connues sous le nom de zoonoses. De nombreux programmes, Membres et Commissions de l’UICN travaillent déjà sur des questions qui nous aideront à mieux comprendre cette crise et à nous en relever. La Commission pour la survie des espèces et la Commission sur la gestion des écosystèmes de l’UICN travaillent à améliorer rapidement notre compréhension de la façon dont ces transferts d’agents pathogènes ont lieu au cours d’activités humaines, telles que le commerce illégal d’espèces sauvages et le changement d’utilisation des terres.

Le changement d’utilisation des terres est un facteur clé des maladies zoonotiques émergentes. La déforestation, la fragmentation des habitats et l’expansion des frontières agricoles augmentent les contacts entre les humains et les autres animaux, augmentant potentiellement les chances d’apparition et de propagation de zoonoses. C’est pourquoi les aires protégées et le droit de l’environnement doivent faire partie de notre stratégie mondiale pour réduire ou prévenir les futures épidémies. En comprenant les conséquences des activités humaines conduisant à la propagation des maladies zoonotiques, nous pourrons nous assurer que nous reconstruisons de manière réfléchie, et communiquer clairement des remèdes efficaces à long terme à des acteurs allant de décideurs politiques aux communautés locales.

Une crise, surtout de cette intensité, inspire la réflexion et soulève des questions difficiles. Au-delà de la tragédie humaine, la relation de l’humanité avec le monde naturel et l’impact de nos activités ont reçu une attention considérable. Face à la catastrophe économique résultant de l’arrêt soudain et drastique de nos activités, beaucoup ont fait remarquer que, au-delà de la tragédie humaine, notre empreinte sur la planète a temporairement diminué. Pas de doute, cela est un signe que nous sommes capables de faire les choses différemment, mais considérer cela comme un résultat positif serait une grave erreur. Le coût a été et sera énorme en termes de pertes d’emplois, de difficultés et de souffrances. En outre, il est clair que l’épidémie de la COVID-19 apporte également de nouvelles menaces pour les peuples autochtones et les communautés rurales, ainsi qu’une exacerbation de la violence, en particulier contre les femmes et les filles, les conditions de quarantaine faisant des foyers à risque des lieux encore plus dangereux.

Nous pouvons reconstruire, mais faisons-le plus intelligemment. En tant que communauté, nous avons souvent parlé de la nécessité d’un changement transformationnel. Travaillons ensemble, dès maintenant, pour nous assurer que nous suivrons une voie réfléchie et durable. L’UICN continuera de s’engager avec les femmes et les hommes de toutes les communautés pour élaborer et mettre en œuvre des solutions sûres et équitables.

Des gens, dans le monde entier, en particulier ceux en première ligne de la lutte contre cette pandémie, continuent d’aller travailler, mettant souvent leur vie en danger afin que d’autres puissent être pris en charge, protégés et disposer d’un accès continu aux aliments et aux autres besoins vitaux. Les progrès technologiques qui ont marqué ces dernières décennies permettent aujourd’hui à beaucoup d’autres, en particulier dans les centres urbains, de travailler à domicile. Ils assistent aux mêmes réunions qu’ils le feraient au bureau ou à l’autre bout du monde, et produisent des résultats similaires. Ils conduisent moins, volent moins, polluent moins.

Afin de tirer une leçon de la tragédie en cours, nous devrions tous nous engager à revoir notre façon de travailler. Nous devrions analyser comment réduire notre empreinte sur le monde naturel en continuant à utiliser les outils que nous utilisons actuellement. Nous pouvons nous fixer des objectifs pour voler et voyager moins, et rendre compte de nos progrès d’une manière transparente.

En tant que leader mondial dans la mise en œuvre et la coordination de recherches et de conseils politiques en matière d’environnement, l’UICN continuera de travailler avec ses Membres et ses réseaux pour vous apporter des idées essentielles et des enseignements. Nous restons attachés à notre puissante Union, à notre mission de développement durable et à travailler ensemble pour assurer une planète saine, avec des personnes en bonne santé.

 

(*)https://www.fne.asso.fr/communiques/pour-que-vive-la-nature-le-guide-pour-agir-de-14

Péril sans précédent pour nos abeilles !

Tel est bien le sens du message que l’ONG Pollinis (https://www.pollinis.org/nous-connaitre/) qui combat depuis des années contre les constantes faiblesses des instances nationales, européennes et internationales face aux géants mondiaux de production des pesticides et fongicides rebaptisés par leurs puissants lobbys “produits phytosanitaires”.

A titre exceptionnel, nous reproduisons ci-après le dernier appel de Pollinis ainsi que la pétition qui l’accompagne.

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Il a fallu des années de bataille, les cris d’alarme d’apiculteurs, le soutien des meilleurs chercheurs et spécialistes de l’abeille en France et en Europe, et la mobilisation de centaines de milliers de citoyens…

…pour convaincre les députés européens d’adopter, en mars 2018, un texte réclamant la sauvegarde des abeilles locales européennes au patrimoine génétique si précieux, et la protection des conservatoires qui tentent de les préserver, dans l’intérêt de tous.

Mais depuis bientôt deux ans, la Commission européenne et les États membres, désormais en charge du dossier, refusent d’agir. 

À ce jour, nos abeilles locales sont extrêmement vulnérables. Elles ont besoin du soulèvement massif de toutes les personnes qui voudront bien prendre un petit peu de leur temps et agir pour les défendre.

 

La situation devient critique :

Installées depuis plus d’un million d’années sur tout le continent européen, les abeilles locales butinent sans relâche, saison après saison, siècle après siècle, les fleurs de nos campagnes, assurant la reproduction d’une grande partie des fruits et légumes consommés par des générations d’habitants.

C’est en partie grâce à leur travail acharné que nos paysages sont aujourd’hui riches de tant d’espèces et sous-espèces d’arbres, arbustes et autres plantes à fleurs qui forment les prairies d’Irlande, les forêts slovènes ou la garrigue typique des berges de la Méditerranée.

Aujourd’hui, ces pollinisateurs pourtant indispensables subissent de plein fouet le contrecoup des grands bouleversements contemporains…

Attaquées de toutes parts – par les pesticides déversés dans les champs qu’elles butinent, par la suppression au profit de la monoculture intensive des haies et des friches qui étaient autant de refuges et de réservoirs à fleurs sauvages, par les parasites et les agents infectieux qu’on retrouve désormais dans toutes les ruches de France et d’Europe (l’acarien Varroa destructor, le champignon Nosema ceranae, et d’autres virus, bactéries et champignons), par de nouvelles espèces prédatrices (comme le frelon asiatique) qu’elles ne savent pas combattre, par les changements climatiques –, nos abeilles sont vulnérables.

Mais ce n’est pas tout.

Pour faire face à la mortalité massive de leurs colonies et renouveler leurs cheptels disparus…

…un grand nombre d’apiculteurs désespérés ont recours à des reines importées de pays étrangers (Grèce, Malte, Chypre, mais aussi Chili, Argentine, Australie, Nouvelle-Zélande ou Chine…).

Voyageant par avion ou par camion sur de longues distances dans des petites boîtes, accompagnées de quelques ouvrières qui les assistent pour assurer leur survie, les reines arrivent fragilisées et affaiblissent la colonie sur laquelle elles sont appelées à régner.

Surtout, elles apportent avec elles un patrimoine génétique adapté à un environnement souvent très différent, à d’autres climats, d’autres fleurs et d’autres conditions de vie avec lesquelles elles ont co-évolué pendant des millénaires…

Ces abeilles ne sont pas adaptées à nos conditions locales, et naturellement décorrélées du calendrier des floraisons.

Elles nécessitent encore plus de soins et d’interventions de la part des apiculteurs, qui les nourrissent avec du sucre, ce qui ne permet pas à leur système immunitaire de se renforcer : aujourd’hui en France, la quantité de sucre utilisé pour le nourrissement des abeilles dépasse le poids de la récolte de miel.

C’est surréaliste !

Résultat : les colonies d’abeilles hybrides ou étrangères deviennent rapidement très fragiles, et résistent difficilement aux agressions extérieures – parasites, virus, produits chimiques, manque de diversité dans le pollen dont elles se nourrissent…

Il est probable que d’ici quelques années seulement, plus aucune abeille à miel ne soit capable de survivre sans intervention humainequ’on est loin des butineuses libres et sauvages, parfaitement autonomes, qu’elles ont été pendant des millénaires !

Peut-être pire encore :

Comme une reine abeille peut être fécondée dans la nature par au moins 15 ou 20 mâles qui n’hésitent pas pour cela à parcourir des dizaines de kilomètres pour la trouver, l’hybridation des abeilles locales avec des races d’abeilles importées s’accélère à une vitesse effrayante.

Dans certaines régions, les abeilles importées ou hybridées sont désormais majoritaires : vers les Pyrénées, en Alsace et en Bourgogne, dans le Jura…

Le phénomène touche tous les pays européens. Et le rythme des importations continue d’augmenter au fur et à mesure que les abeilles dépérissent plus rapidement : 5 % d’abeilles hybridées en 2007, 48 % en 2012… On atteint même 80 % dans certaines régions !

Une spirale infernale qui pourrait mener, selon les scientifiques, à une disparition irréversible de notre abeille locale d’ici 15 ans seulement.

Ce sont des millénaires d’adaptation génétique au climat local, aux plantes, aux fleurs des vergers et des potagers, aux parasites et aux prédateurs qui disparaîtraient avec elles…

Des abeilles irremplaçables, qui ont maintes fois révélé leurs capacités extraordinaires de résistance aux changements climatiques et au stress, et sur lesquelles nous devons pouvoir compter pour les générations futures…

…sont en train de succomber sous les coups répétés d’une agriculture toxique, d’une gestion des cultures aberrante, et des tentatives désespérées des apiculteurs pour sauver leur activité.

Nous avons vraiment BESOIN de nos abeilles locales.

L’abeille noire de Savoie, par exemple, sait particulièrement bien s’adapter aux conditions difficiles de la vie en montagne : rustique, économe, elle peut passer six mois sous la neige, quand les autres abeilles ont besoin d’être nourries artificiellement et en quantité avec des pains de sucre pour survivre à l’hiver.

L’abeille des Landes a adapté son cycle de butinage à l’apparition de la bruyère, au mois d’août, tandis que l’abeille normande butine les fleurs de pommier dès le mois d’avril…

Certains grands laboratoires se permettent déjà de séquencer ce capital génétique unique pour se l’approprier dans des banques génétiques, le breveter à leur avantage et le commercialiser le jour où l’on ne trouvera plus une seule abeille locale dans la nature ou dans nos ruches…

Cet intolérable accaparement de la nature au profit d’une poignée de grandes industries, ne peut être efficacement combattu qu’en protégeant à tout prix nos abeilles locales dans la nature, dans les milieux avec lesquels elles ont évolué !

C’est l’objectif de petits groupes d’apiculteurs engagés, de chercheurs et de passionnés de l’abeille de plus en plus nombreux, qui ont décidé d’agir pour protéger ce qu’il reste encore de colonies d’abeilles locales – en France, en Belgique, en Suisse, en Italie, au Royaume-Uni, au Danemark et un peu partout en Europe.

Ils ont monté des conservatoires, véritables sanctuaires où les abeilles locales peuvent continuer à évoluer et se reproduire naturellement, dans le respect de leur cycle de vie et de leur biologie, et dans la plus complète autonomie possible.

Dans ces conservatoires – que ce soit dans la vallée des Encombres en Savoie, au cœur des bocages de l’Orne, dans la forêt de Rambouillet en région parisienne, sur les monts rocheux des Cévennes ou près des volcans d’Auvergne en Combrailles, pour ne parler que de la France et des conservatoires soutenus et défendus par POLLINIS…

…les butineuses sont assurées de polliniser les plantes et fleurs locales avec lesquelles elles ont évolué depuis des millénaires.

Ces volontaires accomplissent au quotidien un travail magnifique, dramatiquement nécessaire pour TOUS : apiculteurs professionnels ou amateurs, naturalistes passionnés de « l’abeille pour l’abeille », ou simples citoyens.

À partir de ces petits paradis où l’abeille locale peut retrouver sa force et se reproduire, il sera peut-être possible de repeupler l’ensemble du territoire !

Mais ces conservatoires sont en danger : ils ont besoin de votre aide – et de celle du plus grand nombre de citoyens que nous arriverons à mobiliser à travers l’Europe.

Certains pays de l’UE ont déjà pris, à leur niveau, des mesures pour consacrer de petites zones de leur territoire à la protection de leurs précieuses abeilles locales. Mais en France, comme dans la plupart des pays européens… rien ou presque : il y a bien des arrêtés (communaux, ministériels, fédéraux…) qui listent les insectes protégés – on y trouve des papillons comme l’azuré du serpolet, l’apollon ou le sphinx de l’épilobe ; des coléoptères comme le grand capricorne ou la rosalie des Alpes ; une grande variété, hélas, de libellules (leucorrhines, cordulies…).

Mais pas d’abeilles.

Du fait de sa rencontre avec l’Homme, l’abeille qu’on trouvait pourtant à l’état naturel il y a quelques décennies encore, n’entre désormais plus dans la catégorie des espèces sauvages. 

Elle ne peut donc pas être protégée comme le sont les papillons par exemple…

Pour autant, elle n’entre pas non plus dans le cadre des animaux d’élevage protégés – comme le cabri créole, le porc de Bayeux ou la vache mirandaise par exemple.

Les abeilles locales sont victimes d’un vide administratif : elles n’entrent pas dans les cases des espèces considérées comme menacées.

Et il en va de même pour les conservatoires qui tentent coûte que coûte de les sauvegarder : aucun outil juridique ne leur permet de protéger leurs ruches contre l’intrusion d’abeilles importées et empêcher l’hybridation de leur cheptel.

C’est un combat de tous les jours pour ces apiculteurs courageux et déterminés à sauver ce qu’il reste encore d’abeilles locales sur le territoire.

À Belle-Île-en-mer, en Lozère, ou même dans les conservatoires d’Île-de-France ou d’Auvergne, soutenus par le CNRS, il ne se passe pas une année sans qu’une affaire d’intrusion de cheptel importé n’éclate :

il suffit de l’installation dans ces zones d’une seule ruche peuplée d’abeilles différentes pendant la période de fécondation pour anéantir tout ce travail de protection et de préservation.

Et à chaque fois, il faut se battre, essayer de convaincre les intrus de la nécessité de protéger l’écotype local…

Ce serait tellement plus facile si les conservatoires bénéficiaient tout simplement d’une protection juridique solide, comme c’est le cas pour les parcs nationaux, les espaces naturels sensibles, les réserves biologiques ou les aires marines protégées !

Suite à une première vague de mobilisation des citoyens et des apiculteurs en Europe, initiée par POLLINIS :

Les députés européens ont adopté en mars 2018 un texte salvateur qui prévoyait de « renforcer la protection juridique et le soutien financier accordés aux écotypes et populations locaux d’abeilles domestiques dans l’ensemble de l’Union européenne, y compris par la mise en place de zones de conservation, protégées par la loi, des abeilles domestiques endémiques ». (1)

Mais à ce jour, ces belles promesses sont restées lettre morte. 

Aucune suite n’a été donnée par la Commission européenne ou les États membres, chargés de la mise en œuvre concrète de ces recommandations…

Chaque année qui passe augmente pourtant davantage la menace d’extinction de nos précieuses pollinisatrices locales… 

…vulnérables dans leurs sanctuaires qui ne sont protégés que par la vigilance et la détermination d’une poignée de citoyens et d’apiculteurs volontaires !

C’est pourquoi notre association POLLINIS – qui est l’un des membres fondateurs de la Fédération européenne des Conservatoires de l’abeille noire (FEdCAN) – bat une nouvelle fois le rappel en Europe pour demander d’urgence la mise en place des mesures salutaires votées par les députés européens il y a presque deux ans déjà :

Ajoutez votre voix à celle des citoyens et des apiculteurs protecteurs de l’abeille noire et des abeilles locales européennes…

pour demander la protection juridique des conservatoires d’abeilles locales et pour faire reconnaître l’importance majeure des différentes variétés locales pour la biodiversité et l’avenir de l’apiculture en Europe !

 

Nous sommes en train de lancer une grande mobilisation des citoyens, des apiculteurs, des associations naturalistes et de défense des pollinisateurs, dans tous les pays d’Europe, pour obtenir l’adoption d’un statut d’urgence garantissant la protection par zones des différentes espèces locales d’abeilles.

Des dizaines d’associations a déjà rejoint notre coalition pour mener la bataille en Finlande, en Norvège, en Suède, en Belgique, dans les Balkans…

Il suffit parfois de seulement quelques essaims d’abeilles importées pour détruire tout un cheptel d’abeilles locales. Sans véritable protection officielle, les zones de sauvegarde sont à la merci de n’importe quel voisin qui déciderait de se lancer dans l’apiculture avec des colonies exotiques. Les conséquences sont potentiellement dramatiques pour l’abeille locale :

La disparition de ces petits insectes indispensables réduirait à néant tous les espoirs de repeupler les territoires avec les différents écotypes locaux d’abeilles naturellement adaptées et résistantes, et d’enrayer en Europe le déclin alarmant des abeilles et des pollinisateurs.

Vous le savez, ici chez POLLINIS, nous nous battons depuis des années contre les principaux facteurs de mortalité des abeilles – pesticides tueurs d’abeilles en tête…

Mais tout ce travail ne servirait à rien si nous laissions en parallèle le patrimoine génétique des abeilles se dégrader à force d’hybridations incontrôlées avec des abeilles moins adaptées.

Nous avons obtenu de haute lutte la prise en compte officielle de cette tragédie par les décideurs européens en 2018 : désormais, nous devons exiger la mise en place de mesures qui permettent réellement de protéger, de façon durable et naturelle, les races d’abeilles locales pour empêcher leur disparition !

Mais nous avons besoin pour y arriver d’une vaste mobilisation des citoyens européens pour faire pression sur les institutions européennes :

S’il vous plaît, rejoignez la mobilisation en cliquant ici, et aidez-nous à faire connaître l’histoire des abeilles locales et de leur extinction silencieuse à un maximum de personnes à travers l’Europe. C’est une catastrophe qui nous concerne tous, et qui est malheureusement ignorée de la plupart des gens.

 

Ne croyez surtout pas que le combat soit gagné d’avance.

En face de nous, des laboratoires se démènent pour décoder les précieux gènes de l’abeille locale et fabriquer des « super-abeilles », résistantes aux pesticides par exemple…

…pour breveter ce bien inestimable (qui devrait au contraire être protégé au titre de patrimoine commun de l’Humanité – et de la Nature !) et en faire une source de profit gigantesque en prenant toute l’humanité en otage. 

Ces géants de la biotechnologie espèrent, en « créant » de toutes pièces des abeilles « compatibles » avec les pesticides (comme ils le font déjà avec certaines cultures comme le maïs OGM), maintenir l’Europe dans la dépendance chimique où elle se trouve actuellement, et empêcher le passage urgent à une agriculture qui ne décime plus les pollinisateurs.

La préservation des différentes abeilles locales européennes est l’un des meilleurs moyens dont nous disposons aujourd’hui pour garantir aux générations futures des pollinisateurs naturellement résistants et adaptés à leurs environnements locaux.

Et pour espérer faire basculer rapidement l’Europe dans un système agricole respectueux des pollinisateurs et des écosystèmes, qui apprend à les utiliser plutôt que vouloir à tout prix les transformer.

Alors s’il vous plaît, signez au plus vite votre pétition pour obtenir la sauvegarde des abeilles locales et la protection juridique de leurs zones de conservation.

Et si vous le voulez bien, faites circuler largement ce message autour de vous, pour informer et alerter vos proches de ce gâchis gigantesque et encore méconnu, et les rallier à notre mouvement pour faire pression sur les institutions européennes et protéger véritablement les abeilles locales.

Merci par avance !

Bien cordialement,

Nicolas Laarman

Délégué général

Rapport d’initiative relatif aux Perspectives et défis pour le secteur apicole de l’Union européenne (2017/2115 (INI))

 

PETITION POUR LA SAUVEGARDE DES ABEILLES LOCALES EUROPEENNES ET LA PROTECTION JURIDIQUE DE LEURS ZONES DE CONSERVATION

ATTENDU QUEpartout en Europe, les écotypes locaux d’abeilles, présents depuis un million d’années sur notre continent, sont menacés de disparition par les pratiques de l’agriculture intensive et de l’apiculture industrielle ; 

ATTENDU QUE ces précieuses pollinisatrices, adaptées au climat, à la flore et aux conditions locales, et naturellement plus résistantes aux maladies, constituent un patrimoine naturel commun irremplaçable ;  

ATTENDU QU’aucun outil juridique ne protège actuellement au niveau européen ces races géographiques d’abeilles – pas plus que ne sont protégés les conservatoires qui se sont donnés pour mission de les sauvegarder ; 

ATTENDU QUEsous la pression des citoyens et d’apiculteurs, le Parlement européen a voté en mars 2018 un rapport d’initiative relatif aux Perspectives et défis pour le secteur apicole de l’Union européenne (2017/2115 (INI)) qui entend« renforcer la protection juridique et le soutien financier accordés aux écotypes et populations locaux d’abeilles domestiques dans l’ensemble de l’Union européenne, y compris par la mise en place de zones de conservation, protégées par la loi, des abeilles domestiques endémiques » – à ce jour non suivi d’effet.

NOUS, CITOYENS EUROPÉENS ALARMÉS PAR LE DÉCLIN MASSIF DES ABEILLES ET SES CONSÉQUENCES DRAMATIQUES SUR NOTRE ALIMENTATION ET NOTRE ENVIRONNEMENT, ET SOUCIEUX DE PRÉSERVER, POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES, CES INDISPENSABLES ABEILLES DE NOS RÉGIONS, NOUS EXHORTONS LA COMMISSION EUROPÉENNE ET LES ÉTATS MEMBRES À DONNER SUITE AUX RECOMMANDATIONS DU PARLEMENT, 

  • EN INSTAURANT D’URGENCE UNE PROTECTION JURIDIQUE DES ZONES CONSERVATOIRES DES SOUS-ESPÈCES ET ÉCOTYPES D’APIS MELLIFERA
  • ET EN IMPOSANT LA SAUVEGARDE DES ABEILLES MELLIFÈRES INDIGÈNES DU TERRITOIRE DE L’UNION, POUR LES INTÉRÊTS PATRIMONIAL, ÉCOLOGIQUE ET ÉCONOMIQUE QU’ELLES REPRÉSENTENT.

 

SOUTIENS DE LA PÉTITION

https://save-local-bees.org

Nicolas LAARMAN, Représentant de POLLINIS ; Lionel GARNERY, Représentant de la Fédération Européenne des Conservatoires d’Abeille Noire et enseignant – chercheur à l’Université de Versailles Saint Quentin, CNRS de Gif-sur-Yvette, en « Diversité génétique, histoire évolutive et conservation Chez Apis mellifera » ; Yves Elie LAURENT, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire des Cévennes ; Christian BARGAIN, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire de l’Île de Groix ; Raymond DAMAN, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire/ du CETA de l’Orne ; Klébert SILVESTRE, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire/ du CETA de Savoie ; Noël MALLET, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire en Combrailles ; Jean Claude GUENNETEAU, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire de Belle-île-en-Mer ; Vincent CANOVA, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire des Boutières en Ardèche ; Philippe RUCHAT / Sébastien GRANGEON, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire d’Île-de-France ; Hubert GUERRIAT, Représentant de Mellifica ASBL ; Dylan ELEN, Représentant de ZwarteBij.org / Conservation genetics ; Ingvar Arvidsson, Représentant de Projekt NordBi ; Loretta NEARY / Sean OSBORNE, Représentant de Native Irish Honey Bee Society ; Dr. Slađan RAŠIĆ, Représentant de la Faculty of Ecological Agriculture, University Educons from Sremska Kamenica, Serbia ; Lars Andreas KIRKERUD, Représentant de Norsk Brunbielag, Champ de recherche : Biology of honeybees, morphometrics ; Anja Laupstad VATLAND, Représentante de Norsk Brunbiesenter ; Bjørn DAHLE, Représentant de Norwegian Beekeepers Association ; Lassi KAUKO, Représentant de The Finnish Association of Dark Bee Keepers ; Nick BENTHAM-GREEN, Chairman de The Bee Improvement and Bee Breeding Association ; Fani HATJINA, Représentante de Hellenic Agricultural Organization « DEMETER » Division of Apiculture et Représentante de Commission sur la Santé de l’Abeille d’APIMONDIA ; Charalambos TOUMBEKIS, Représentant de MEEK-Apicultural Research Education Center ; Alessandro COLOMBO, Représentant de Beekeeping and Environmental Association of Saronikos ; Andrew BROWN, Représentant de B4 Project ; Francisco Javier HERNANDEZ NAVARRO, Représentant de Apigranca, Asociación de Apicultores de Gran Canaria ; Thomas GALEA, Représentant de Breeds of Origin Conservancy ; Alexei PACE, Représentant de Friends of the Earth Malta ;  Keith BROWN, Chercheur en Molecular evolution in honey bees à l’Université NUI Galway ; Fabrizio ZAGNI, Représentant de Apiliguria associazione Apicoltori ; Paolo FONTANA, Chercheur et Représentant de Fondazione Edmund Mach ; Padruot FRIED, Représentant de Conservatories for the Dark Bee in Switzerland 

 

Climat et biodiversité: passer à la vitesse supérieure

René Longet*

Source : AGEFI,

Genève, 5 novembre 2019

Ces derniers mois, tant le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) que l’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques)  ont publié des résultats qui font froid dans le dos. Côté biodiversité, l’IPBES classe un million d’espèces comme menacées… 3/4 des milieux terrestres et 2/3 des milieux marins sont fortement altérés, et un quart des espèces de vertébrés, d’invertébrés et de plantes risquent l’extinction. 

La forêt tropicale part en fumée pour l’élevage et les cultures industrielles de soja et d’huile de palme, afin de satisfaire notre appétit démesuré de viande nocif pour notre santé. Côté climat, l’augmentation de la température moyenne est de + 1°C (mais de 2°C en Suisse), entraînant une montée des mers de 0,4 cm/an. Avec 660 millions de personnes vivant à une altitude de moins de 10 m au-dessus du niveau de la mer, bonjour les dégâts.

La  dégradation des sols et de leur couvert végétal réduit les capacités d’absorption de CO2, la fonte des sols gelés libère des quantités importantes de méthane… avec en prime une empreinte écologique des pays industrialisés trois fois trop importante. Le changement climatique s’emballe et l’humanité file du bien mauvais coton.

Malgré ce diagnostic et ces dynamiques inquiétantes, à ce jour les Etats n’ont rien entrepris de bien substantiel qui conduirait à vraiment changer de cap, et comptent surtout sur des engagements volontaires. La célèbre phrase du président Chirac «Notre maison brûle et nous regardons ailleurs» prononcée au Sommet mondial du développement durable de 2002, mais suivie de pratiquement aucune action significative, illustre bien notre considérable capacité de repousser à plus tard les mesures incisives que la situation exige.

Si les scientifiques ont raison, il s’agit, par exemple, localement et globalement, de:

1) Rationner (c’est-à-dire fixer des priorités en fonction des besoins et de considérations d’équité) l’aviation, la voiture, les poids lourds…

2 Fermer les centrales électriques au charbon.

3) Réexaminer tous les produits chimiques en circulation et retirer ceux dont l’innocuité n’est pas établie.

4) Remplacer l’agriculture industrielle par l’agro-écologie, seule capable de nourrir les humains sans détruire les sols.

5) Interdire les plastiques, à moins d’une garantie d’un recyclage à 100%.

6) Replanter massivement des arbres et protéger les sols.

7) Interdire les chauffages à mazout et réduire notre consommation informatique.

8) Agir contre la surpêche.

9) Retirer du commerce tout objet non recyclable, non réparable ou non réutilisable.

10) Orienter les emplois, les modèles d’affaires et les investissements dans ces directions.

Vraiment difficile et douloureux, tout cela? Pour sauvegarder l’essentiel, nous n’avons pas d’autre choix que de corriger les habitudes que nous avons prises, de facilité, d’insouciance et de confort. Mais sortir de l’agro-industrie, du chauffage excessif de nos logements (chaque °C supplémentaire signifie 7% d’énergie en plus), de notre addiction aux véhicules surmotorisés et de la frénésie des loisirs énergivores nous fera le plus grand bien.

 

* Expert en développement durable

Climat, 10 mesures pour accélérer la transition

par René Longet

Ambassadeur des Cités de l’énergie

Source : Tribune de Genève 26.02.2019

 

Le contraste est saisissant entre le mouvement des jeunes pour le climat et le refus des citoyennes et citoyens bernois de la nouvelle loi sur l’énergie. Dure leçon pour celles et ceux qui, entrant dans l’âge de voter, voient l’écart entre ce qu’il faudrait faire et ce qui se fait ; encore de précieuses années de perdues alors que le temps presse !

Ce vote rappelle qu’on a beau dire « changer le système pas le climat », ce qui détermine la donne est bien la décision de chaque personne de se sentir ou non acteur de l’indispensable transition. Rappelons donc ce qu’on peut faire immédiatement soi-même par des gestes à la fois mobilisateurs et significatifs en termes de réduction de l’empreinte carbone, et dont le but est de déclencher une dynamique collective. Voici 10 mesures répondant à ces critères :

  • Combattre l’obsolescence, réparer et réutiliser les objets, n’acheter que ce qui est nécessaire et revendiquer une législation qui fasse de l’économie circulaire la règle : tout rejet est une ressource au mauvais endroit.
  • Boycotter le plastique tant que son recyclage à 100% n’est pas assuré et demander que cette exigence ait force de loi.
  • Réduire sa consommation de produits carnés d’au moins 50% et demander au secteur agro-alimentaire de faire de même.
  • Refuser tout produit comportant de l’huile de palme ou ayant nécessité du soja importé, si ces matières proviennent de la destruction de la forêt tropicale et revendiquer que ce critère soit imposé par la législation.
  • Soutenir le développement des énergies renouvelables et se réjouir de chaque éolienne, cellule solaire, installation géothermique ou valorisant la chaleur de l’environnement réalisées dans les règles de l’art et exiger le respect du vote populaire du 21 mai 2017 sur la stratégie énergétique.
  • Privilégier les produits bio et du commerce équitable et demander que leur promotion soit inscrite dans les lois et politiques d’achat publiques.
  • Renoncer à l’avion pour des distances de moins de 1000 km et aux véhicules surmotorisés ; réclamer une législation dans ce sens.
  • Demander que les flux financiers se conforment aux Objectifs de développement durable des Nations Unies et que ces objectifs s’imposent à tous les investisseurs privés et publics.
  • Favoriser la biodiversité locale et s’opposer aux abattages d’arbres, de haies ou à d’autres atteintes à la biodiversité sans compensation crédible à proximité, soutenir une politique de promotion de la biodiversité.
  • S’informer et pratiquer une éthique de l’information, combattre les préjugés et les approximations, vérifier ce que l’on entend avant de le répercuter, car l’engagement repose sur une pensée et une parole justes.

En attendant, les 5 plus grandes multinationales du pétrole ont fait en 2018 ensemble 80 milliards de $ de bénéfice. Ces bénéfices exorbitants, nous les payons chaque jour de notre santé et de celle de notre Terre.