Serpents, tortues, oiseaux ou hippocampes… le marché florissant des animaux sauvages en Occident

Marie Sigaud

Postdoctoral research fellow, Kyoto University

Source : The Conversation

3 juin 2020

https://theconversation.com/serpents-tortues-oiseaux-ou-hippocampes-le-marche-florissant-des-animaux-sauvages-en-occident-137794?utm_medium=email&utm_campaign=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%203%20juin%202020%20-%201640515768&utm_content=La%20lettre%20de%20The%20Conversation%20France%20du%203%20juin%202020%20-%201640515768+CID_78b5ae9442bac4e05b889364d2d48ba2&utm_source=campaign_monitor_fr&utm_term=Serpents%20tortues%20oiseaux%20ou%20hippocampes%20le%20march%20florissant%20des%20animaux%20sauvages%20en%20Occident

 

La crise sanitaire a remis sous les projecteurs les enjeux liés au commerce des animaux sauvages, une pratique très ancienne dans la plupart des sociétés humaines. Le commerce de l’ivoire a précédé celui de l’or, les pharaons s’affichaient déjà au côté d’espèces exotiques, et le commerce d’animaux pour alimenter les arènes romaines a mené à l’extinction locale de nombreuses espèces.

Loin d’être en perte de vitesse, ces échanges représentent désormais une menace majeure pour la biodiversité, posent d’importants problèmes de santé publique et soulèvent des questions éthiques légitimes sur la souffrance animale.

Contrairement à certaines idées reçues, le commerce international d’animaux sauvages n’est pas interdit et ne se limite pas à quelques espèces emblématiques. Il représente une manne financière très importante avoisinant chaque année les 100 milliards de dollars. Le commerce illégal représente environ un quart de ce montant, soit au moins 7 à 23 milliards de dollars. Il est aussi rentable voire plus que le trafic de drogues ou d’armes.

Un commerce à l’évolution rapide

Chaque année, des millions d’individus appartenant à des milliers d’espèces de mammifères, d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens mais aussi de poissons, de coraux, de coquillages et autres invertébrés sont commercialisés pour répondre à une demande toujours grandissante à l’échelle mondiale.

Les animaux sauvages sont commercialisés pour leurs produits dérivés (fourrure, corne, peau, carapace, etc.) comme nourriture luxueuse, pour leurs propriétés pharmaceutiques supposées ou encore comme animaux de compagnie. On entend par animal sauvage tout individu qui n’appartient pas à une espèce domestique et qui a été prélevé directement dans la nature ou élevé en captivité, sachant que la frontière entre les deux est souvent floue.

Loris lent de Java (Nycticebus javanicus), espèce en danger critique d’extinction offert à a la vente comme animal de compagnie sur un marché indonésien. Cette espèce fait l’objet d’un trafic vers différents pays dont les États-Unis, le Canada, la Russie ou le Japon. Abbullah Langgeng

Ce marché évolue très rapidement en réponse aux nouvelles demandes. Par exemple, la demande en Calao à casque rond (Rhinoplax vigil) – dont le casque est prisé comme support d’artisanat – a drastiquement augmenté en l’espace de quelques années, faisant passer cette espèce d’un risque mineur à un danger critique d’extinction.

Les espèces nouvellement décrites par les scientifiques peuvent se retrouver sur le marché international avant même de bénéficier d’un statut de protection, comme cette petite tortue indonésienne (Chelodina mccordi) qui a aujourd’hui quasiment disparu de son milieu naturel.

Les pays occidentaux grands importateurs

Les médias ont largement traité des marchés aux animaux chinois, présentés comme des repoussoirs, oubliant que les pays occidentaux sont aussi de gros consommateurs d’animaux sauvages, destinés notamment au marché d’animaux de compagnie de plus en plus exotiques.

Les chiffres sont présentés pour l’ensemble des 27 pays de l’Union Européenne et le Royaume-Uni, et pour la Chine et Hong Kong. Ces chiffres concernent les espèces d’oiseaux, de reptiles, de mammifères, d’amphibiens, d’Anthozoaires (coraux et anémones) et de poissons (Actinoptérygiens) inscrits à la CITES. Sigaud d’après les données tirées de la CITES Trade Database

L’Europe importe légalement chaque année pour des dizaines de milliards de dollars d’animaux sauvages et de leurs produits. Ces 10 dernières années, la France a par exemple importé vivants plus de 40 000 tortues russes (Testudo horsfieldii) et près de 25 000 hippocampes dorés (Hippocampus kuda), deux espèces classées vulnérables face au risque d’extinction.

Avec plus de 1,5 milliard d’animaux importés entre 2000 et 2006, les États-Unis sont les plus gros importateurs d’animaux sauvages vivants dont la grande majorité sont destinés au marché des animaux de compagnie.

Près de 15 millions d’iguanes verts ont été importés aux USA depuis la création de la CITES et au moins 800 000 foyers possèdent un serpent aux États-Unis. Ce sont a minima 40 millions de reptiles (toutes espèces confondues) qui ont été échangés légalement dans le monde ces 15 dernières années, l’espèce la plus exportée légalement d’Afrique étant le python royal (Python regius).

Par ailleurs, le Japon a importé, toujours légalement, plus de 260 000 oiseaux vivants appartenant à 362 espèces entre 2005 et 2015.

Les règles hétérogènes d’un marché globalisé

Ce commerce est particulièrement difficile à contrôler. D’abord parce que l’aire de répartition d’une espèce peut chevaucher plusieurs pays qui ne vont pas forcément adopter les mêmes mesures de protection. Une espèce peut aussi être en danger d’extinction et ne pas faire l’objet d’une réglementation de son commerce international.

Enfin, une espèce peut être protégée dans son aire de répartition, interdite de commerce international, tout en étant légalement commercialisée dans un pays consommateur. Ainsi, les éléphants sont protégés dans la plupart des pays et le commerce international de leur ivoire est l’objet d’un moratoire depuis 1989.

Pourtant, sur le territoire japonais le commerce d’ivoire est légal. De la même manière, jusqu’à très récemment le commerce de pangolins n’était pas interdit en Chine, bien que les 8 espèces de pangolins soient parmi les plus trafiquées au monde depuis des années et interdites de commerce international depuis 2017 (certaines depuis 2000). Le Gabon, pourtant investi dans la protection de son patrimoine naturel, vient à peine d’inscrire (le 31 mars 2020) toutes les espèces de pangolins sur sa liste d’espèces protégées.

Deux classifications internationales différentes

La convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) est un cadre légal juridiquement contraignant, entré en vigueur en 1975 qui réglemente le commerce international des espèces sauvages pour éviter leur surexploitation et leur disparition dans le milieu naturel. Elle compte aujourd’hui 183 pays signataires.

Les espèces inscrites à la CITES sont classées selon le niveau de risque que leur fait encourir le commerce international. En annexe I figurent les espèces les plus menacées dont le commerce international est interdit. En annexe II figurent les espèces qui ne sont pas encore considérées en danger d’extinction mais qui pourraient le devenir si leur commerce n’était pas contrôlé.

Actuellement, la grande majorité des 5 800 espèces animales inscrites à la CITES sont classées en annexe II, et seulement 11 % en annexe I. La liste des espèces inscrites à la CITES est actualisée tous les 2 ou 3 ans seulement.

Chiffres représentant l’ensemble des pays de l’Union européenne et le Royaume-Uni. Ils indiquent au sein de l’Union européenne et du Royaume-Uni le pays qui importe le plus d’individus de cette espèce. Sigaud d’après les données de la CITES Trade Database et de la liste rouge UICN

En parallèle de la CITES, la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) est l’inventaire mondial de l’état de conservation global des espèces sauvages et constitue à ce jour l’outil de référence le plus complet pour connaître le niveau des menaces sur les espèces.

Malheureusement, cette liste ne confère aucune protection légale. Elle compte actuellement 116 177 espèces sur les 1,8 million connues et indique qu’une espèce de mammifères sur quatre, un oiseau sur huit, et plus d’un amphibien sur trois sont menacés d’extinction.

Des centaines d’espèces classées en danger d’extinction ou vulnérables selon la liste rouge UICN ne bénéficient d’aucune protection par la CITES. Il faut en moyenne dix ans pour qu’une espèce classée menacée d’extinction par l’UICN soit inscrite en annexe de la CITES.

Un système de contrôles peu efficace

Les signataires de la CITES doivent notamment mettre en place un organe scientifique chargé d’évaluer le risque que le commerce international fait peser sur les espèces inscrites à la CITES présentes sur leur territoire. Ils assurent également la délivrance des permis et les contrôles. Ce sont des tâches lourdes et complexes à assurer, même pour les pays les plus riches.

Entre 2000 et 2006, plus de la moitié des animaux vivants importés aux États-Unis étaient identifiés par les douanes au niveau le plus basique (par ex. mammifères, oiseaux, reptiles ou amphibiens), et seulement 14 % au niveau de l’espèce. De plus, beaucoup d’espèces listées proviennent de pays riches en biodiversité où la gouvernance est faible et la corruption omniprésente. Certains observateurs s’interrogent même sur l’efficacité de la CITES pour contrôler le commerce international.

À l’heure actuelle, l’absence de cohérence et de moyens mis en œuvre pour contrôler le commerce des animaux sauvages a des conséquences sanitaires et environnementales majeures. Une prise de conscience de l’ampleur de ce marché (y compris en Europe) est plus que jamais nécessaire. Il est urgent d’améliorer la réglementation et les contrôles à l’échelle nationale et internationale, et de mener des campagnes de sensibilisation auprès d’un large public afin de diminuer drastiquement et durablement la demande en animaux sauvages sous toutes ses formes.

 

La belle histoire de la vie

par Michel Gauthier-Clerc

Editions De Boeck Supérieur 2019,

B1348  Louvain-la-Neuve, Belgique

ISBN 978-2-8073-2177-9

Compte rendu par François Burnier,

Docteur en médecine,

La-belle-histoire-de-la-vie

L’avouerai-je ?  A première vue, le titre de cet ouvrage ne m’avait pas particulièrement accroché. Trop général ? Je me hâte de préciser que j’avais entièrement tort. J’y reviendrai à la fin.

Docteur en écologie et en médecine vétérinaire, ayant notamment étudié les manchots de l’île Crozet, l’auteur (*) nous emmène sur les traces de tous les hommes qui se sont intéressés à la nature, en commençant avec les cueilleurs chasseurs d’il y a 400’000 ans pour arriver au XXIème siècle et à l’intelligence artificielle.

D’une lecture fort agréable, l’ouvrage se compose d’environ 150 thèmes apparaissant sur la page de gauche avec, sur la page de droite, une photo de grande qualité où l’on découvre une peinture de la grotte de Lascaux, un fossile d’ammonite, le tronc tortueux d’un olivier, une enluminure du XVème siècle, des dessins de Léonard de Vinci, une harde de biches dans une futaie, André Vésale effectuant une dissection humaine, un colibri prélevant du nectar, une préparation microscopique de protozoaires, un avion pulvérisant des pesticides…

Le premier des six grands chapitres décrit la préhistoire et l’Antiquité, abordant notamment la colonisation de la planète par les humains, la disparition de la mégafaune et les extinctions de masse. Nous voici d’emblée dans le vif du sujet.  Le regard porté sur la nature par l’Inde et la Chine antiques est bientôt suivi de celui d’Aristote et de Pline l’Ancien, le parcours étant entrecoupé de questionnements – Qu’est-ce que le vivant ? D’où vient la vie ? Qu’est-ce qu’un biologiste ? – ainsi que de descriptions de l’évolution de la médecine, tant humaine que vétérinaire.

Nous allons ensuite du Moyen Âge à l’aube des Lumières, avec le progrès des connaissances botaniques, zoologiques et anatomiques, ainsi que l’accès au monde microscopique. C’est à partir du début du XVIème siècle que, après une étrange pause de plus de 1300 ans, les connaissances en anatomie recommencèrent à progresser, parallèlement au développement de l’histoire naturelle.  A la suite des philosophes et des scientifiques grecs, Descartes appliquait une méthode rationnelle et il considérait les êtres vivants comme des machines répondant uniquement aux lois de la chimie et de la physique.  A cette approche mécaniste s’opposaient le vitalisme, évoquant une force invisible, ainsi que l’alchimie.  Parallèlement, les enseignements de l’Eglise ne permettaient pas d’envisager que les espèces puissent évoluer et se transformer au cours du temps.

La fin du XVIIIème siècle vit apparaître certaines formes de conscience environnementale, avec notamment la mise sur pied de réserves forestières, dans le but notamment de se protéger du changement climatique et de la sécheresse.  C’est aussi à cette époque que Malthus, dans son Essai sur le principe de population, proposa un contrôle actif du nombre des naissances dans le but d’éviter un épuisement des ressources disponibles.

Les trois chapitres qui suivent abordent, parmi bien d’autres sujets, la symbiose, les écosystèmes et la dynamique des populations, la découverte de l’ADN, la manipulation parasitaire, l’éthologie et l’écologie comportementale, l’investissement parental, les anticorps monoclonaux, la brevetabilité du vivant et les OGM, la bioéthique, le concept d’Anthropocène, l’épigénétique, le SRAS, l’initiative mondiale One Health,

l’intelligence artificielle, l’agricultures synthétique et l’agriculture biologique… et bien d’autres domaines. Il est impossible de rendre justice en quelques lignes à un ouvrage tel que celui-ci, où convergent magistralement histoire et biologie, le tout dans une approche d’une grande esthétique. Ainsi donc, ce livre mérite pleinement son titre.

En refermant cet ouvrage, le 31 mars 2020, en pleine crise du coronavirus – ou faut-il dire : au début de cette crise ? – on pense inévitablement aux réflexions que l’auteur pourrait faire au sujet de la tragédie que nous vivons en ce printemps si différent des autres.

(*) Michel Gauthier-Clerc dirige actuellement le Zoo de la Garenne, à Le Vaud, en Suisse, non loin du Lac Léman. Entièrement rénové en 2016, ce parc animalier est réputé non seulement pour ses installations vastes et modernes, son excellente présentation didactique et son accueil du public, mais aussi pour les succès qu’il a remportés dans l’élevage en captivité du gypaète barbu. Ces efforts ont grandement contribué à la réintroduction accomplie dans les Alpes de ce magnifique rapace qui avait été exterminé vers la fin du XIXème siècle en raison de l’ignorance destructrice de l’homme.

Péril sans précédent pour nos abeilles !

Tel est bien le sens du message que l’ONG Pollinis (https://www.pollinis.org/nous-connaitre/) qui combat depuis des années contre les constantes faiblesses des instances nationales, européennes et internationales face aux géants mondiaux de production des pesticides et fongicides rebaptisés par leurs puissants lobbys “produits phytosanitaires”.

A titre exceptionnel, nous reproduisons ci-après le dernier appel de Pollinis ainsi que la pétition qui l’accompagne.

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Il a fallu des années de bataille, les cris d’alarme d’apiculteurs, le soutien des meilleurs chercheurs et spécialistes de l’abeille en France et en Europe, et la mobilisation de centaines de milliers de citoyens…

…pour convaincre les députés européens d’adopter, en mars 2018, un texte réclamant la sauvegarde des abeilles locales européennes au patrimoine génétique si précieux, et la protection des conservatoires qui tentent de les préserver, dans l’intérêt de tous.

Mais depuis bientôt deux ans, la Commission européenne et les États membres, désormais en charge du dossier, refusent d’agir. 

À ce jour, nos abeilles locales sont extrêmement vulnérables. Elles ont besoin du soulèvement massif de toutes les personnes qui voudront bien prendre un petit peu de leur temps et agir pour les défendre.

 

La situation devient critique :

Installées depuis plus d’un million d’années sur tout le continent européen, les abeilles locales butinent sans relâche, saison après saison, siècle après siècle, les fleurs de nos campagnes, assurant la reproduction d’une grande partie des fruits et légumes consommés par des générations d’habitants.

C’est en partie grâce à leur travail acharné que nos paysages sont aujourd’hui riches de tant d’espèces et sous-espèces d’arbres, arbustes et autres plantes à fleurs qui forment les prairies d’Irlande, les forêts slovènes ou la garrigue typique des berges de la Méditerranée.

Aujourd’hui, ces pollinisateurs pourtant indispensables subissent de plein fouet le contrecoup des grands bouleversements contemporains…

Attaquées de toutes parts – par les pesticides déversés dans les champs qu’elles butinent, par la suppression au profit de la monoculture intensive des haies et des friches qui étaient autant de refuges et de réservoirs à fleurs sauvages, par les parasites et les agents infectieux qu’on retrouve désormais dans toutes les ruches de France et d’Europe (l’acarien Varroa destructor, le champignon Nosema ceranae, et d’autres virus, bactéries et champignons), par de nouvelles espèces prédatrices (comme le frelon asiatique) qu’elles ne savent pas combattre, par les changements climatiques –, nos abeilles sont vulnérables.

Mais ce n’est pas tout.

Pour faire face à la mortalité massive de leurs colonies et renouveler leurs cheptels disparus…

…un grand nombre d’apiculteurs désespérés ont recours à des reines importées de pays étrangers (Grèce, Malte, Chypre, mais aussi Chili, Argentine, Australie, Nouvelle-Zélande ou Chine…).

Voyageant par avion ou par camion sur de longues distances dans des petites boîtes, accompagnées de quelques ouvrières qui les assistent pour assurer leur survie, les reines arrivent fragilisées et affaiblissent la colonie sur laquelle elles sont appelées à régner.

Surtout, elles apportent avec elles un patrimoine génétique adapté à un environnement souvent très différent, à d’autres climats, d’autres fleurs et d’autres conditions de vie avec lesquelles elles ont co-évolué pendant des millénaires…

Ces abeilles ne sont pas adaptées à nos conditions locales, et naturellement décorrélées du calendrier des floraisons.

Elles nécessitent encore plus de soins et d’interventions de la part des apiculteurs, qui les nourrissent avec du sucre, ce qui ne permet pas à leur système immunitaire de se renforcer : aujourd’hui en France, la quantité de sucre utilisé pour le nourrissement des abeilles dépasse le poids de la récolte de miel.

C’est surréaliste !

Résultat : les colonies d’abeilles hybrides ou étrangères deviennent rapidement très fragiles, et résistent difficilement aux agressions extérieures – parasites, virus, produits chimiques, manque de diversité dans le pollen dont elles se nourrissent…

Il est probable que d’ici quelques années seulement, plus aucune abeille à miel ne soit capable de survivre sans intervention humainequ’on est loin des butineuses libres et sauvages, parfaitement autonomes, qu’elles ont été pendant des millénaires !

Peut-être pire encore :

Comme une reine abeille peut être fécondée dans la nature par au moins 15 ou 20 mâles qui n’hésitent pas pour cela à parcourir des dizaines de kilomètres pour la trouver, l’hybridation des abeilles locales avec des races d’abeilles importées s’accélère à une vitesse effrayante.

Dans certaines régions, les abeilles importées ou hybridées sont désormais majoritaires : vers les Pyrénées, en Alsace et en Bourgogne, dans le Jura…

Le phénomène touche tous les pays européens. Et le rythme des importations continue d’augmenter au fur et à mesure que les abeilles dépérissent plus rapidement : 5 % d’abeilles hybridées en 2007, 48 % en 2012… On atteint même 80 % dans certaines régions !

Une spirale infernale qui pourrait mener, selon les scientifiques, à une disparition irréversible de notre abeille locale d’ici 15 ans seulement.

Ce sont des millénaires d’adaptation génétique au climat local, aux plantes, aux fleurs des vergers et des potagers, aux parasites et aux prédateurs qui disparaîtraient avec elles…

Des abeilles irremplaçables, qui ont maintes fois révélé leurs capacités extraordinaires de résistance aux changements climatiques et au stress, et sur lesquelles nous devons pouvoir compter pour les générations futures…

…sont en train de succomber sous les coups répétés d’une agriculture toxique, d’une gestion des cultures aberrante, et des tentatives désespérées des apiculteurs pour sauver leur activité.

Nous avons vraiment BESOIN de nos abeilles locales.

L’abeille noire de Savoie, par exemple, sait particulièrement bien s’adapter aux conditions difficiles de la vie en montagne : rustique, économe, elle peut passer six mois sous la neige, quand les autres abeilles ont besoin d’être nourries artificiellement et en quantité avec des pains de sucre pour survivre à l’hiver.

L’abeille des Landes a adapté son cycle de butinage à l’apparition de la bruyère, au mois d’août, tandis que l’abeille normande butine les fleurs de pommier dès le mois d’avril…

Certains grands laboratoires se permettent déjà de séquencer ce capital génétique unique pour se l’approprier dans des banques génétiques, le breveter à leur avantage et le commercialiser le jour où l’on ne trouvera plus une seule abeille locale dans la nature ou dans nos ruches…

Cet intolérable accaparement de la nature au profit d’une poignée de grandes industries, ne peut être efficacement combattu qu’en protégeant à tout prix nos abeilles locales dans la nature, dans les milieux avec lesquels elles ont évolué !

C’est l’objectif de petits groupes d’apiculteurs engagés, de chercheurs et de passionnés de l’abeille de plus en plus nombreux, qui ont décidé d’agir pour protéger ce qu’il reste encore de colonies d’abeilles locales – en France, en Belgique, en Suisse, en Italie, au Royaume-Uni, au Danemark et un peu partout en Europe.

Ils ont monté des conservatoires, véritables sanctuaires où les abeilles locales peuvent continuer à évoluer et se reproduire naturellement, dans le respect de leur cycle de vie et de leur biologie, et dans la plus complète autonomie possible.

Dans ces conservatoires – que ce soit dans la vallée des Encombres en Savoie, au cœur des bocages de l’Orne, dans la forêt de Rambouillet en région parisienne, sur les monts rocheux des Cévennes ou près des volcans d’Auvergne en Combrailles, pour ne parler que de la France et des conservatoires soutenus et défendus par POLLINIS…

…les butineuses sont assurées de polliniser les plantes et fleurs locales avec lesquelles elles ont évolué depuis des millénaires.

Ces volontaires accomplissent au quotidien un travail magnifique, dramatiquement nécessaire pour TOUS : apiculteurs professionnels ou amateurs, naturalistes passionnés de « l’abeille pour l’abeille », ou simples citoyens.

À partir de ces petits paradis où l’abeille locale peut retrouver sa force et se reproduire, il sera peut-être possible de repeupler l’ensemble du territoire !

Mais ces conservatoires sont en danger : ils ont besoin de votre aide – et de celle du plus grand nombre de citoyens que nous arriverons à mobiliser à travers l’Europe.

Certains pays de l’UE ont déjà pris, à leur niveau, des mesures pour consacrer de petites zones de leur territoire à la protection de leurs précieuses abeilles locales. Mais en France, comme dans la plupart des pays européens… rien ou presque : il y a bien des arrêtés (communaux, ministériels, fédéraux…) qui listent les insectes protégés – on y trouve des papillons comme l’azuré du serpolet, l’apollon ou le sphinx de l’épilobe ; des coléoptères comme le grand capricorne ou la rosalie des Alpes ; une grande variété, hélas, de libellules (leucorrhines, cordulies…).

Mais pas d’abeilles.

Du fait de sa rencontre avec l’Homme, l’abeille qu’on trouvait pourtant à l’état naturel il y a quelques décennies encore, n’entre désormais plus dans la catégorie des espèces sauvages. 

Elle ne peut donc pas être protégée comme le sont les papillons par exemple…

Pour autant, elle n’entre pas non plus dans le cadre des animaux d’élevage protégés – comme le cabri créole, le porc de Bayeux ou la vache mirandaise par exemple.

Les abeilles locales sont victimes d’un vide administratif : elles n’entrent pas dans les cases des espèces considérées comme menacées.

Et il en va de même pour les conservatoires qui tentent coûte que coûte de les sauvegarder : aucun outil juridique ne leur permet de protéger leurs ruches contre l’intrusion d’abeilles importées et empêcher l’hybridation de leur cheptel.

C’est un combat de tous les jours pour ces apiculteurs courageux et déterminés à sauver ce qu’il reste encore d’abeilles locales sur le territoire.

À Belle-Île-en-mer, en Lozère, ou même dans les conservatoires d’Île-de-France ou d’Auvergne, soutenus par le CNRS, il ne se passe pas une année sans qu’une affaire d’intrusion de cheptel importé n’éclate :

il suffit de l’installation dans ces zones d’une seule ruche peuplée d’abeilles différentes pendant la période de fécondation pour anéantir tout ce travail de protection et de préservation.

Et à chaque fois, il faut se battre, essayer de convaincre les intrus de la nécessité de protéger l’écotype local…

Ce serait tellement plus facile si les conservatoires bénéficiaient tout simplement d’une protection juridique solide, comme c’est le cas pour les parcs nationaux, les espaces naturels sensibles, les réserves biologiques ou les aires marines protégées !

Suite à une première vague de mobilisation des citoyens et des apiculteurs en Europe, initiée par POLLINIS :

Les députés européens ont adopté en mars 2018 un texte salvateur qui prévoyait de « renforcer la protection juridique et le soutien financier accordés aux écotypes et populations locaux d’abeilles domestiques dans l’ensemble de l’Union européenne, y compris par la mise en place de zones de conservation, protégées par la loi, des abeilles domestiques endémiques ». (1)

Mais à ce jour, ces belles promesses sont restées lettre morte. 

Aucune suite n’a été donnée par la Commission européenne ou les États membres, chargés de la mise en œuvre concrète de ces recommandations…

Chaque année qui passe augmente pourtant davantage la menace d’extinction de nos précieuses pollinisatrices locales… 

…vulnérables dans leurs sanctuaires qui ne sont protégés que par la vigilance et la détermination d’une poignée de citoyens et d’apiculteurs volontaires !

C’est pourquoi notre association POLLINIS – qui est l’un des membres fondateurs de la Fédération européenne des Conservatoires de l’abeille noire (FEdCAN) – bat une nouvelle fois le rappel en Europe pour demander d’urgence la mise en place des mesures salutaires votées par les députés européens il y a presque deux ans déjà :

Ajoutez votre voix à celle des citoyens et des apiculteurs protecteurs de l’abeille noire et des abeilles locales européennes…

pour demander la protection juridique des conservatoires d’abeilles locales et pour faire reconnaître l’importance majeure des différentes variétés locales pour la biodiversité et l’avenir de l’apiculture en Europe !

 

Nous sommes en train de lancer une grande mobilisation des citoyens, des apiculteurs, des associations naturalistes et de défense des pollinisateurs, dans tous les pays d’Europe, pour obtenir l’adoption d’un statut d’urgence garantissant la protection par zones des différentes espèces locales d’abeilles.

Des dizaines d’associations a déjà rejoint notre coalition pour mener la bataille en Finlande, en Norvège, en Suède, en Belgique, dans les Balkans…

Il suffit parfois de seulement quelques essaims d’abeilles importées pour détruire tout un cheptel d’abeilles locales. Sans véritable protection officielle, les zones de sauvegarde sont à la merci de n’importe quel voisin qui déciderait de se lancer dans l’apiculture avec des colonies exotiques. Les conséquences sont potentiellement dramatiques pour l’abeille locale :

La disparition de ces petits insectes indispensables réduirait à néant tous les espoirs de repeupler les territoires avec les différents écotypes locaux d’abeilles naturellement adaptées et résistantes, et d’enrayer en Europe le déclin alarmant des abeilles et des pollinisateurs.

Vous le savez, ici chez POLLINIS, nous nous battons depuis des années contre les principaux facteurs de mortalité des abeilles – pesticides tueurs d’abeilles en tête…

Mais tout ce travail ne servirait à rien si nous laissions en parallèle le patrimoine génétique des abeilles se dégrader à force d’hybridations incontrôlées avec des abeilles moins adaptées.

Nous avons obtenu de haute lutte la prise en compte officielle de cette tragédie par les décideurs européens en 2018 : désormais, nous devons exiger la mise en place de mesures qui permettent réellement de protéger, de façon durable et naturelle, les races d’abeilles locales pour empêcher leur disparition !

Mais nous avons besoin pour y arriver d’une vaste mobilisation des citoyens européens pour faire pression sur les institutions européennes :

S’il vous plaît, rejoignez la mobilisation en cliquant ici, et aidez-nous à faire connaître l’histoire des abeilles locales et de leur extinction silencieuse à un maximum de personnes à travers l’Europe. C’est une catastrophe qui nous concerne tous, et qui est malheureusement ignorée de la plupart des gens.

 

Ne croyez surtout pas que le combat soit gagné d’avance.

En face de nous, des laboratoires se démènent pour décoder les précieux gènes de l’abeille locale et fabriquer des « super-abeilles », résistantes aux pesticides par exemple…

…pour breveter ce bien inestimable (qui devrait au contraire être protégé au titre de patrimoine commun de l’Humanité – et de la Nature !) et en faire une source de profit gigantesque en prenant toute l’humanité en otage. 

Ces géants de la biotechnologie espèrent, en « créant » de toutes pièces des abeilles « compatibles » avec les pesticides (comme ils le font déjà avec certaines cultures comme le maïs OGM), maintenir l’Europe dans la dépendance chimique où elle se trouve actuellement, et empêcher le passage urgent à une agriculture qui ne décime plus les pollinisateurs.

La préservation des différentes abeilles locales européennes est l’un des meilleurs moyens dont nous disposons aujourd’hui pour garantir aux générations futures des pollinisateurs naturellement résistants et adaptés à leurs environnements locaux.

Et pour espérer faire basculer rapidement l’Europe dans un système agricole respectueux des pollinisateurs et des écosystèmes, qui apprend à les utiliser plutôt que vouloir à tout prix les transformer.

Alors s’il vous plaît, signez au plus vite votre pétition pour obtenir la sauvegarde des abeilles locales et la protection juridique de leurs zones de conservation.

Et si vous le voulez bien, faites circuler largement ce message autour de vous, pour informer et alerter vos proches de ce gâchis gigantesque et encore méconnu, et les rallier à notre mouvement pour faire pression sur les institutions européennes et protéger véritablement les abeilles locales.

Merci par avance !

Bien cordialement,

Nicolas Laarman

Délégué général

Rapport d’initiative relatif aux Perspectives et défis pour le secteur apicole de l’Union européenne (2017/2115 (INI))

 

PETITION POUR LA SAUVEGARDE DES ABEILLES LOCALES EUROPEENNES ET LA PROTECTION JURIDIQUE DE LEURS ZONES DE CONSERVATION

ATTENDU QUEpartout en Europe, les écotypes locaux d’abeilles, présents depuis un million d’années sur notre continent, sont menacés de disparition par les pratiques de l’agriculture intensive et de l’apiculture industrielle ; 

ATTENDU QUE ces précieuses pollinisatrices, adaptées au climat, à la flore et aux conditions locales, et naturellement plus résistantes aux maladies, constituent un patrimoine naturel commun irremplaçable ;  

ATTENDU QU’aucun outil juridique ne protège actuellement au niveau européen ces races géographiques d’abeilles – pas plus que ne sont protégés les conservatoires qui se sont donnés pour mission de les sauvegarder ; 

ATTENDU QUEsous la pression des citoyens et d’apiculteurs, le Parlement européen a voté en mars 2018 un rapport d’initiative relatif aux Perspectives et défis pour le secteur apicole de l’Union européenne (2017/2115 (INI)) qui entend« renforcer la protection juridique et le soutien financier accordés aux écotypes et populations locaux d’abeilles domestiques dans l’ensemble de l’Union européenne, y compris par la mise en place de zones de conservation, protégées par la loi, des abeilles domestiques endémiques » – à ce jour non suivi d’effet.

NOUS, CITOYENS EUROPÉENS ALARMÉS PAR LE DÉCLIN MASSIF DES ABEILLES ET SES CONSÉQUENCES DRAMATIQUES SUR NOTRE ALIMENTATION ET NOTRE ENVIRONNEMENT, ET SOUCIEUX DE PRÉSERVER, POUR LES GÉNÉRATIONS FUTURES, CES INDISPENSABLES ABEILLES DE NOS RÉGIONS, NOUS EXHORTONS LA COMMISSION EUROPÉENNE ET LES ÉTATS MEMBRES À DONNER SUITE AUX RECOMMANDATIONS DU PARLEMENT, 

  • EN INSTAURANT D’URGENCE UNE PROTECTION JURIDIQUE DES ZONES CONSERVATOIRES DES SOUS-ESPÈCES ET ÉCOTYPES D’APIS MELLIFERA
  • ET EN IMPOSANT LA SAUVEGARDE DES ABEILLES MELLIFÈRES INDIGÈNES DU TERRITOIRE DE L’UNION, POUR LES INTÉRÊTS PATRIMONIAL, ÉCOLOGIQUE ET ÉCONOMIQUE QU’ELLES REPRÉSENTENT.

 

SOUTIENS DE LA PÉTITION

https://save-local-bees.org

Nicolas LAARMAN, Représentant de POLLINIS ; Lionel GARNERY, Représentant de la Fédération Européenne des Conservatoires d’Abeille Noire et enseignant – chercheur à l’Université de Versailles Saint Quentin, CNRS de Gif-sur-Yvette, en « Diversité génétique, histoire évolutive et conservation Chez Apis mellifera » ; Yves Elie LAURENT, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire des Cévennes ; Christian BARGAIN, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire de l’Île de Groix ; Raymond DAMAN, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire/ du CETA de l’Orne ; Klébert SILVESTRE, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire/ du CETA de Savoie ; Noël MALLET, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire en Combrailles ; Jean Claude GUENNETEAU, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire de Belle-île-en-Mer ; Vincent CANOVA, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire des Boutières en Ardèche ; Philippe RUCHAT / Sébastien GRANGEON, Représentant du Conservatoire de l’Abeille Noire d’Île-de-France ; Hubert GUERRIAT, Représentant de Mellifica ASBL ; Dylan ELEN, Représentant de ZwarteBij.org / Conservation genetics ; Ingvar Arvidsson, Représentant de Projekt NordBi ; Loretta NEARY / Sean OSBORNE, Représentant de Native Irish Honey Bee Society ; Dr. Slađan RAŠIĆ, Représentant de la Faculty of Ecological Agriculture, University Educons from Sremska Kamenica, Serbia ; Lars Andreas KIRKERUD, Représentant de Norsk Brunbielag, Champ de recherche : Biology of honeybees, morphometrics ; Anja Laupstad VATLAND, Représentante de Norsk Brunbiesenter ; Bjørn DAHLE, Représentant de Norwegian Beekeepers Association ; Lassi KAUKO, Représentant de The Finnish Association of Dark Bee Keepers ; Nick BENTHAM-GREEN, Chairman de The Bee Improvement and Bee Breeding Association ; Fani HATJINA, Représentante de Hellenic Agricultural Organization « DEMETER » Division of Apiculture et Représentante de Commission sur la Santé de l’Abeille d’APIMONDIA ; Charalambos TOUMBEKIS, Représentant de MEEK-Apicultural Research Education Center ; Alessandro COLOMBO, Représentant de Beekeeping and Environmental Association of Saronikos ; Andrew BROWN, Représentant de B4 Project ; Francisco Javier HERNANDEZ NAVARRO, Représentant de Apigranca, Asociación de Apicultores de Gran Canaria ; Thomas GALEA, Représentant de Breeds of Origin Conservancy ; Alexei PACE, Représentant de Friends of the Earth Malta ;  Keith BROWN, Chercheur en Molecular evolution in honey bees à l’Université NUI Galway ; Fabrizio ZAGNI, Représentant de Apiliguria associazione Apicoltori ; Paolo FONTANA, Chercheur et Représentant de Fondazione Edmund Mach ; Padruot FRIED, Représentant de Conservatories for the Dark Bee in Switzerland